04 février 2008
Nuit - [6] (Suite)
L’étrange étang où nous nous lavons est en réalité un bassin important situé à l’intersection de deux cours d’eau, ce qui lui donnait quatre bouches possibles et aspirantes, attirantes. Recueil des abjections d’une cité entière, région pétrolière, mousseuse parure, même les pelouses sont grasses, pleines de cendres, de déchets organiques lyophilisés. Mais l’eau, vivante, se renouvelle sans arrêt, elle coule. Ainsi, « Le bassin hygiénique » était le lieu par excellence du paradoxe : L’hygiène malfaisante. Tandis que je terminais de me purifier à grands envois d’eau, j’observais l’attitude de Phil – il devenait inquiétant. Complétement fermé sur lui-même, il avait maintenant la véritable fœtale-position et il flottait – mouvements réduits à néant, il avançait doucement au fil du cours d’eau. « Phil ?! » - vide vocal, son pour percer le silencieux chut. Il s’enfonçait vers le croisement [3]>/³ de la cuvette. Stress.
Très vite il a disparu, emporté par les flots, tumulte choatique. Le soleil était plus absent que le vide, mais quel feu ! Une chaleur épouvantable. Eventé, mon cœur n’a fait que deux tours : le premier, de la fascination, le deuxième, un élan. J’ai bondi, nu, dans l’âpre fond dégueulasse et nauséabond. L’âme du bassin, sous l’eau claire, n’était que putréfaction dissolue, de la merde noire, du métal-carburant, des déjections abjectes. Je remuais cet immonde rejet de l’humanité pour sauver un homme, avec comme seuls camarades le dégoût et l’amour. Cours, patauge, embourbe-toi pour le sentiment du héro, c’est de bon genre. […] – un instant, il disparaît – une seconde blanche, il réapparaît. Toujours dans ce déluge de larmes chaudes, je flotte maintenant en terrain inconnu et par conséquent non-hostile, on se sent loin de tout, et si proche de soi. Mais je dois me hâter, « PHIL ?! » - Un vent froid. J’ai mis un pied sur la rive, « I am », forêt noire, sombre et noire. Des arbres énormes cotoyent des herbes minuscules et abritent, par-dessus-tout, de longs et plats insectes en plomb, déchiqueté d’humidité avide et confiante. Je sais, on est dans les Kupuks, une région mousseuse, réputée pour son lychen frais aux vertus curatives. Le peuple qu’elle abrite est forestier, tribal, et rigoureusement intelligent. J’avais donc tout à craindre ici : a priori pas d’ennemis, une région fraiche, propre, naturelle. Quand on vient du fond de SinYil, rien de tout ça ne présage un avenir proche sécurisant. C’est parti ! J’ai couru sur la rive pendant un bon moment, l’air frais me droguait et ma course devenait danse, j’observais – mono-concentration – les alentours : tournesols rouges impénétrables, des sous-bois qui fourmillent des chemins sans doutes labyrinthiques, ce doux fleuve dont les bruissements sont calmants et acclamant d’une candeur innocente. J’apercevais parfois, lorsque je m’arretais pour me reposer, des petites habitations de Kups (le peuple local) trèssées à l’aide de matières rares pour les citadins : de la peau de vautour pour le toit, une vieille forme de ciment à base de sève et de tiges d’ortie rouge, le reste répondait aux codes normaux du matériau de construction. Parfois je croisais le regard d’un de ces hommes surdoués et il me souriait – sourire inconnu.
L’instinct m’empoissait les tripes, j’avançais sans véritablement suivre de piste, sans même savoir, à dire vrai, où j’étais tombé, quelle partie de la région, où dans les Kupuks ? Et surtout, comment ? J’ai quitté le Bassin Hygiènique en un quart de seconde. Pourtant, l’heure tourne et je n’ai point d’autres choix que de continuer à chercher farouchement Philos, le plus vieu de tous les Kults ! J’ai décidé d’aller interroger un autochtone, simplement. L’approche fut terrifiante, mais dès qu’on a entamé la conversation, je suis redevenu calme. Une femme. Elle porte de longs cheveux noirs, comme le veut la tradition Kupa (on nous apprenais ça à La formation). Jolie, élégante : elle s’habille avec une longue robe de tissu, trempée dans de la cire mielleuse du Nord-est Kupa, ce qui me donnait une indication supplémentaire : j’aurais préféré le Nord tout court. « Paz Hom so Sin fail hat ? », ce qui signifie « Un homme de Sin est-il passé par ici ? ». Je m’attendais à la négative, par mes voyages précédents (ceux que j’ai pu faire six ans auparavant au cours de La formation). Je savais que rarement les Kups prenaient la peine de répondre au gens de type Sinien. « Pas kor, no sé hat, sé mar » : Pas encore, il n’est pas ici, il est ailleurs. Mais, de façon surprenante, elle m’a invité à rester pour la Nuit – désarroi, érrance – « Ka », Restons.
Ferme les yeux, et regarde ce noir fulginieux pour qu’il s’éclaire.
29 janvier 2008
Nuit - [6]
[6]
Sortis, nous sommes revenus au croisement [14]°-³ afin de goulayer cette petite préciosité qu’on avait dérobée. Brevage faisant, je tournais de l’œil pour finir sur son visage. Une meta-morphose. Rongé, encore quelques dents en calcium platine, son visage tendait vers le grisâtre de la galerie Malcombe. Je sais de source sûre qu’il n’avait pas eu une vie brilliante, mais de voir ce corps frêle en légère perdition, c’était comme reléguer l’expérience du cobaye sur l’homme.
— Et quoi ? sinon ? qu’est-ce que tu fous ici ?
— Boah, je sais pas jt’avoue. Des conneries, genre quoi.
En effet, il avait l’air paumé, « genre quoi ». Je l’avais pas vu depuis au moins sept ans, et malgré les changements, c’était toujours Philos, fils d’une dealeur et d’un prêtre causalistique. Rien à faire, on sentait toutes ses petites touches.
— Hm. Pareil, je sais pas trop non plus.
— C’est fuyant quoi.
— Raconte un peu, ça fait une paye.
Une histoire abracadabrante. J’y mettrais pas un regard.
Rutilant de tambours chamaniques - une fête – Des regards apprivoisés et sans doute, sans choc, quelques lampées bien orchestrées. Il buvait encore, trop peut-être. Logique de l’habitat, quand on habite l’avenue 51. Les restaurants sont concentrés d’une vision à l’autre (claustro-phobiaque), seize ans, jeunesse parure, les amis y sont grossis cent fois. La tendance s’observe en effet, qui n’exagère pas son rapport au passé ? Tandis qu’il me racontait ses fracas, sa tête se durcissait, ses traits tiraient vers le crâne chevelu, gutturale était sa voix. Quelques délires sans apostrophie, vocatif singulier du vol, sédatif particulier. Une jolie berceuse, j’avais l’impression de sommeiller, tringlés aux quatres coins du globe. Rond qui roule, ramène les routes à ton affaire, rugissant goutte à goutte. Il avait dit « je bande sec pour l’infini » - Bagarre et coups de rut, libération « Richard is stanger than Ruth » et son « Muddy Mouse ». Le cours du récit s’en allait, je disparaissais. Il avait couru et s’était pris les pieds dans sa capuche, ça ne tournait pas rond ou du moins à l’envers. La chambre d’hotel réservée, il a sauté par la fenêtre - Vol, chute, ridicules espérances – Nage sans arrêt ; recueil cathartique sur le cargot Magnésium, s’est retrouvé drogué sur l’territoire du Gouffre. Tout ça pour dire que son adolescence s’était entravée de nombreux obstacles idiots, il paraissait clair que forger un homme de cette manière-là amenait souvent des ruptures.
Viser la cohérence, c’est la bonne attitude. Sniffons de la prkz, rugissons au crépuscule et oublions toutes ces histoires sans queue ni chef. La petite solution passagère qui solutionne tout : l’oubli. La mémoire, je le voyais, n’est-ce pas ça l’assassin de la sanité ? Souvenez-vous du mélancolique, dur d’y ficeler les joies du bon neurone, plier un Ass. pour se l’enfiler avec un verre d’eau, halluciner et tripper, oublie, oublie, oublie et surtout, n’exagère pas, c’est comme ça qu’on fuit.
Il avait bien une femme, ce genre de rousse mal-famée et pour une fois trop bien remplie de ces désirs chatoyants du [144]°~25, voyez-vous les taches du visages, le corps légerement rosé, la peau flasque grimpant sur ses os, remonter jusqu’au petit cervelet pervers, arraché à l’opium, la zone Broca manque d’opération. Je me lève, me gratte le crâne chevelu et y trouve quelques miettes de tabac. Soupirs. Allons nous laver, c’est important mine de rien. « On y va ? ». Il fallait dix minutes de marche pour rejoindre l’étang de mercure, j’avais le temps de penser d’ici-là. Phil, tu te rends compte, j’ai besoin de toi, c’est rare, faudra que tu me racontes…
A nouveau, on marche sur la grande route, sans horizon, et ça monte, toujours. J’ai fais mon temps, difficile de le tenir en main. J’avais pris je ne sais où l’habitude de frapper dans les quelques caillous traînant par terre, une petite rengaine défoulante. A l’instar de notre situation, l’odeur suave des pierres sales envahissait nos narines sales, effet de répétition. Passez dix minutes sur l’avenue et vous êtes jauni, sévèrement. Une marche, longue, longue et longue. Il trébuchait sans cesse au cœur de l’artère illimitée, c’était le mot, pas de limites, tant pour le parcours que pour l’ego. « Tu te souviens d’avant ? De quand on était honnête ? » Impossible de répondre, j’ai vraiment oublié qu’on avait été convenable, ne fusse que l’espace d’une minute. Il me parlait, il était fatigué, fatigué, fatigué. Par-dessus le marché, il était affamé, apparament. Stand d’hygiène douteuse « Un kalik, s’il-vous-plaît », enfourné un point plus tard. Tandis qu’on progressait dans notre épopée promenante, on croisait un tas de gens. Les quelques va-nu-pieds miséreux qui jouaient quelques airs sans importance parvenaient à peine à se faire entendre, leurs chants débridés accompagnés de maigres mélodies étaient sans conséquence, surtout pour notre ouïe usée. A gauche. « On y est ». Pour sûr, une vaste étendue d’eau argentine, un eldorado planté en pleine géhenne. Un rideau pétrolier servait de paysage à cet humble foyer pour saletés hygiéniques. On pourrait croire que tout était prévu. Sans doute l’effet des razias pékunières, de la surproduction malingre, la vieille peste des grandes villes marchandes. Fétide odeur, céleste carapace d’eau. Au soleil-nuit du demi-jour, c’en était agréable. Nu, comme un asticot, mon outil indiquait le mouvement. J’ai donc plongé, figure première, à la seconde. Si j’ai plongé comme un amoureux, Phil, lui, a glissé chacun de ses membres, un par un, se délassant, comme pour être sûr de bien nettoyer ses soucis, sa peau faisande et frelatée. Courbe, courbe-toi, deviens fœtus, attends la chaleur maternelle, je te rejoindrai. Peut-être.
10 décembre 2007
Nuit - [5] suite
Bonne lecture
[Onicosmo]
J’ai fini par trouver après cinq kilomètres de marche le « Window’s cars » sur le flanc droit de l’avenue. Un vieux rade pourri avec une façade terne recouverte de lianes grimpantes, les vitrines exposaient les quelques tondus que le café abritait. Quand je suis rentré, les murs suintaient l’alcool et les faibles couleurs de cette charmante bourgade avaient jaunis tellement la cigarette alliée aux fumées d’héroïne régnaient en ce lieu. Bref, j’ai vite fais le tour pour trouver le bar et me prendre un petit whiskey bleu. L’abruti du bar m’a filé un verre de deux litres fluorescent avec quelques glaçons, il m’a demandé douze Péku, merci, au revoir. Je devais maintenant retrouver le pauvre pay qui m’avait appelé ce matin. Je ne pouvais pas vraiment dire pourquoi mais, d’avoir retrouvé ma mémoire, cette avenue, de revoir ces vieux rades en friches, leur populace, et la beauté de l’infini de l’avenue, ça me filait des relents d’agressivité, j’avais envie d’éclater tout ce qui bougeait ici. La musique du bar était par contre excellentissime : noire, violente, rythmée, parfaitement adaptée au contexte. J’ai soudain aperçu un gars assis sur une presque-table, je devrais plutôt appeler ça une planche. Il me fixait, j’ai pas hésité, je me suis posé à sa table.
Ø On s’est déjà vu, non ?
Ø Hm, mouais, je sais pas. Un whiskey ?
Ø Non, c’est bon, j’ai ce qu’il faut (il sort une bouteille de rhum noir). Qu’est-ce qui t’amènes ?
Ø Je cherche quelqu’un, genre suspect, non ? Ca te dit rien ?
Ø (Il s’allume un cigare) – Ca dépend de ce que tu veux dire par suspect, ducon ? J’ai rien vu, si t’as rien à dire de plus intéressant, dégage.
Rhaa, putain ! La bonne politesse du fond central, j’ai eu envie de lui casser la gueule à ce type. Il fumait son tronc avec une insolence à te foutre en l’air un vieux croulant. Pourtant, j’avoue que je voulais continuer à discuter, il me rappelait un type, c’était peut-être celui que je cherchais. J’ai donc pris la peine d’être un peu plus franc.
Ø (En frappant la table de mon poing) Ecoute-moi bien, petit branleur ! Je cherche un mec dans ton genre, qui fume le cigare et qui bois du whiskey tu vois le genre ? Le genre d’enculé qu’on ne peut pas encadrer, alors, si tu veux faire la grande gueule, c’est toi qui lève ton froc rouillé et qui fous le camp, putain !
Ø Hé, tranquille mec ! Je t’ai rien demandé moi, c’est toi qui frise ici. Je connais un type s’tu veux, va voir dans l’arrière salle, tu verra au fond, y’a quelqu’un qui ressemble à ta description, alors vas-y, amène lui un whiskey.
Ø File moi un cigare s’il-te-plait. Merci
J’ai allumé la bête, j’ai acheté la bouteille de bleu et je suis passé en arrière salle. J’ai vu un type, cigare en main, il avait déjà descendu une bouteille. Je me suis approché, j’ai vu ses cheveux bouclés à l’excès, sa peau lisse de beau gosse, et le monceau de mégots dans le cendrier. C’est bon, c’était lui. Je devais être sur. Je me suis approché.
Ø Philos ?
Ø Ouais ? Putain d’enfoiré ? T’es là enfin ?
Ø (avec un air abruti) Gars ça fait…
Ø Sept ans mec, ouais ouais. J’ai chié pour te faire venir ici !
Ø Et comment ! (On s’est embrassé)
Ø Juste, avant toute chose, on bouge d’ici ?
Ø Quand tu veux, c’est quoi ce rade pourri que t’as choisi ?
Ø Ok, Révolution ?
Ø Ca roule.
On s’est levé, il a pris son cigare et l’a éteint sur le crâne d’un vieux con juste à côté de nous. On a balancé la table sur le bar, chopé le barman qu’on a balancé ensuite. On a pris une bouteille à vingt péku et on est parti en courant. « Et viva la revoluzione ! »
24 novembre 2007
Nuit - [5]
La suite, on commence à s'amuser.
[5]
La lumière est revenue mais la pièce, elle, restait inchangée. Tout était en place sauf un simple cadre qui s’était brisé. C'est un petit cadre photo où j’avais mis un cliché de moi à ma vingtaine. Sur la photo, j’étais grand, fier, j’avais l’air d’un génie à demi-nu, surtout avec le contexte de la photo, c’était en effet dans les montagnes vertes du sud. Aujourd’hui, douze ans plus tard, j’avais l’impression d’avoir un teint livide, des cernes énormes, comme si je devenais peu à peu avachi. Le fait de voir ce cadre brisé m’a procuré un brin de nostalgie, pourtant je n’ai pas vraiment l’impression que quelque chose ait changé depuis cette époque. Une épineuse question me trottait tout de même en tête : comment s’était-il cassé ? En effet, il avait véritablement éclaté en mille morceaux. Je ne pouvais pas m’expliquer ce qui venait de se passer et c’est là que le téléphone sonna à nouveau. Un homme m’a parlé avec une drôle de voix, celle d’un vieu fumeur de cigare accro au whisky. Je n’ai pas eu le temps de dire quelque chose, il m’a juste demandé de le rejoindre dans un café du centre sur l’Avenue Infinie.
Curieux de savoir, je me suis empressé de m’habiller, j’ai mis ma longue veste qui pendait toujours sur ce porte manteau d’antiquaire, encore au même endroit. J’ai marché, beaucoup trop même. Putain c’était vraiment long. Une fois arrivé sur l’avenue même, je n’étais pas plus avancé. Je devais trouver le café « Window’s cars », n°5[²]. Décrire complètement cette avenue, c’est une peine perdue. Le ciel y est bleu les douze premières heures de la journée et d’un noir glacial les douzes autres, elle est luxuriante d’une flore extraordinaire : des lianes à en perdre raison, beaucoup de mousse, des ipomées partout et surtout les plus belles Belles de nuit et Belles de jour de la région, sans doute grâce au climat particulier. Les batiments sont de hauts buildings dont on ne voit pas le bout, ils ont la particularité d’être construit avec un matériau unique en son genre : du pavé. Ici, tout est en pierre, surtout en pavé. Malgré la très haute fréquentation de l’avenue, la route est de terre et de sable, un sable jaune comme de l’or portant dans ses vents l’histoire d’au moins mille ans d’existence. C’est en effet l’une des avenues les plus anciennes de la cité. Son ambiance si particulière tient de cet alliage entre le sauvage et l’extrême activité tant commerçante que citoyenne de l’avenue. Quand on y entre, malgré un sentiment de silence, il y a des gens qui crient partout, depuis leur fenêtre, dans les rues, les bouches d’égoûts, et autres petits recoins insoupçonables. Les lieux de culte et les bars se confondent presque et s’y retrouver n’est pas chose aisée, certains sont devenus fou à lier ici. C’est, pour dire les choses simplement, le paradis de la folie, de l’étrange et de l’éternel car ici, tout entre, tout sort, tout se perd, tout est divin et ancien, tout est débauche. C’est une véritable noyade pour l’âme et la raison, étendue sur quarante kilomètres de longueur pour trente mètres de largeur.
En y entrant, tout m’est revenu d’un coup, comme ça, sans prévenir. Je me suis rapellé de ma jeunesse, de tout le temps que j’avais passé ici à tourner de bar en bar, à tous ces moments d’ivresse, à toutes mes grandes passions, à toutes ces femmes, à ces nuits passées à boire pour gamberger et se coucher sur la route dans les hautes herbes, à la fraicheur sur nos fronts avec comme seul et unique vue les étoiles. Il nous arrivait souvent de faire l’amour en plein air, sans se poser de question. Je me suis souvenu de tous mes anciens amis, tous perdus aujourd’hui, ou presque : Jack, Alex, Philos, Tiphane, Oriana, Selophon, etc. Il y en a juste un dont j’ai oublié le nom, j’avais travaillé avec lui sur les mers, on se saoulait tout le temps jusqu’à ne plus pouvoir penser à autre chose qu’aux étoiles, et à ce stade là, on s’esclaffait toujours jusqu’à s’endormir d’épuisement. Impossible de revenir sur son nom. Où avais-je perdu la tête pendant tout ce temps, ces souvenirs venaient de refaire surface et me faisait le plus grand bien, c’était comme renaître, se réveiller après une dure journée ou encore, comme s’endormir après une longue nuit blanche. Je me sentais tout neuf, plein de vigueur, j’en oubliais presque mon appart minable en banlieue, j’avais retrouvé la mémoire ! Du moins, une grande partie de celle-ci. Tout brillait autour de moi, j’avais à nouveau l’impression d’avoir une place, une origine. C’était magique, féérique. C’est ici, sur cette avenue, L’Avenue Infinie ! que j’avais rencontré Pinoko, une nuit d’été. Je me suis d’ailleurs rapellé d’une chose à son propos, on l’appelais tous Sekai parce qu’elle apportait toujours son bonheur quand elle parlait. J’ai seché une légère larme, une larme unique, brillante comme une perle azurée des mers Centrales, fragile comme un fragment de crystal. Un oiseau, minuscule s’est posé sur mon épaule, a sifflé, je me suis mis à marcher.
[Onicosmo]
23 octobre 2007
Nuit - [4] suite
Continuons...
Le lendemain, réveillé à 9h30, l’heure parfaite, j’ai flâné dans mon lit en réfléchissant. J’avais des foules d’idées en tête, mais le matin a ses caprices et tout se passait lentement, comme lorsqu’on attend pour une correspondance, pour une réponse, ca passe, doucement. L’aube est ses couleurs blanchâtres et fraiches font que l’ambiance matinale se dessine toujours propice au bien-être. Quand on se lève, on veut refaire le monde, comme chaque matin, pour finir le soir éteint d’utopie et rongé par les passions sombres, les longues nuits brulantes, les questions et les tracas. Profitant de ce répit, j’en ai profité pour apprécier ce qui m’entourait. Et la plus belle chose que je trouvai à regarder fut Oko qui sommeillait encore avec le fougueux concerto de Rachmaninov qui s’écoulait doucement. Le dos nu, la légère brise caressant sa peau blanche lui dressait son léger duvet qui rend la chose si enviable. Partiellement recouverte, le buste dégagé, j’étais pris d’un sentiment qu’on appelle tendresse. Hélas, je savais que rien n’était ainsi. La journée serait longue et sans intérêt, passante comme ces jeunes femmes que nous croisons dans les rues. Mon état reflétait toute l’ambiguïté d’un homme déchiré entre l’intuition d’une beauté idéale, d’une libération salvatrice et la constatation que la vie, dans son acte créateur, détruit littéralement sa propre fonction, à savoir faire vivre. Je vis face à la mort, ma finalité, en l’exprimant dans l’amour, dans l’art. Mais c’est la nuit qu’elle se fait ressentir. La nuit, je me sens proche de ma petite mort, et quand je sommeille, j’espère pouvoir lui rendre visite, non pas que je veuille mourir, tout sauf ça, mais elle révèle au vivant sa capacité à comprendre et à créer. La tendre et douce nuit, celle qu’on me contait quand j’étais enfant, celle des bons truands, celle des sueurs froides et terrifiantes, celle des tourments enfantins ou des fous, celle des longues étreintes charnelles, elle est tout ça à la fois et ne se prive pas de rajouter des victimes sur sa longue liste de mordus.
J’ai longtemps désiré faire de ma vie une expérience, d’en faire l’absolu, de dessiner les contours de l’inconnu, de monter en flèche, de me briser en mille morceau au centre de l’harmonie, vibrant dans le néant spatial, de mourir courbé en projetant une onde de chaleur et enfin, m’en aller serein. Or, je sais que rien n’est si élevé, du moins pour l’instant. Je tresse un nouveau fil chaque jour, complétant ainsi le Loom de ma vie. Je me rappelle d’une histoire qu’on m’avait contée autrefois. Elle parlait d’un événement étrange et mystique. Je ne me rappelle malheureusement plus du titre. Ca parlait d’un homme qui avait cherché son amie la vérité toute sa vie et qui avait un jour disparu d’une façon inexpliquée dans un désert divin, et la légende racontait qu’il y serait mort, l’ayant enfin retrouvée, son amie disparue depuis toujours. En y repensant bien, c’était lourd de sens mais je ne pense pas y avoir compris grand-chose à l’époque, pourtant elle m’avait fasciné, et c’est d’ailleurs l’une des rares choses dont je me souviens d’une telle façon.
Au moment même où je pensais à ça, le téléphone a sonné. Je suis descendu voir. Rien, plus un bruit. Mais il y a quelque chose qui m’inquiétait, il faisait noir, plus noir que le bout du monde. D’un coup, tout a vibré puis s’est brisé dans un vacarme extrêmement violent, un bout de verre m’a entaillé la joue, j’étais gelé, glacial, de la buée sortait du bout de mes lèvres. Un bruit grave et massacrant a empli la pièce. J’ai peur, très peur. Nous étions bien le matin pourtant ? mon pauvre cœur.
[Onicosmo]
20 octobre 2007
Nuit - [4] suite
En espérant avoir pris le bon tournant.
Pour l'ambiance, je vous reccomande ce petit plaisir :
Bonne lecture,
[Onicosmo]
L’autre jour, je me suis posé sur le bord d’une fontaine, avenue 3. J’ai fumé d’abord une clope. Les gens passaient, comme un flux. Il n’y avait personne, sauf un flux, un perpétuel mouvement. Dix minutes. J’allume la deuxième. L’indifférence, passivité totale, bien que je ne manque pas une miette de ce que j’observe, la beauté des femmes notamment. Huit minutes. Je grille une troisième allumette. L’observation, lente et désordonnée, un passe temps favori mais risqué. Le temps passe, comme un meilleur ennemi qu’on ne se lasse pas de regarder. Un coup d’œil, puis un vague sentiment. De la musique. Vingt minutes. Une feuille, du tabac. Je réfléchis, puis pose mon regard par terre. Mes chaussures ou plutôt mes pieds battent la mesure. Un stress. Douze minutes. On tire une bouffée. Je cherche à boire, une bière fera l’affaire. Je me rassieds sur la fontaine. L’obscurité descend, le ciel est menaçant. Trente minutes, quatre pompes à mort envolées. La solitude. Profonde détresse, la haine forge sa place, le corps n’est plus que chair, le regard est tendre et triste, la poussière vole. Triste constat. Jalousie, brouillon, fatigue. Trois heures. Rien. D’un coup, un rayon lumineux, un sentiment de fraicheur. Légère hallucination, petite illumination : je me sens bien. J’ai eu l’envie de me lever, crier sans jamais m’arrêter jusqu'à suffocation. Tout est suspendu, ça vibre. Quel bien-être ! Je m’assieds et je fume la dixième de la soirée.
Voilà l’ironie. La fuite : le rayon, le bien-être ~ mais, à peine enfui, la clope pour se rappeler, redescendre : le triste sort. L’homme a sûrement inventé Dieu un soir de solitude, ou bien le contraire…
Je me suis levé pour mettre ma longue veste qui pendouille sur mon corps un peu bourru bien qu’élancé. Je me demande d’ailleurs pourquoi je prends le soin de garder cette longue chevelure et cette lourde écharpe autour du cou. Avec les yeux vides, j’ai pris l’avenue 2 pour rentrer chez moi. C’est le moment où l’on ne pense à rien sauf à grimper la même cage d’escalier sans cesse, chaque soir, chaque matin. J’ai pris le téléphone pour appeler Pinoko et j’ai saisi un bic pour griffonner des taches d’encre.
- « Oko ? Viens s’il-te-plaît, je crois que j’ai perdu ma foi il y a à peine une demi-heure… »
- « Si t’arrêtais de regarder ton orgueil à chaque seconde de ta journée, ça irait peut-être un peu mieux… Je veux dire, tu ne fais rien à part te comparer aux autres. »
- « Ouais ouais…bon, tu viens ? »
- « Non. J’ai pas envie là. Je suis sur l’avenue 12 et je me sens comme heu… fatiguée. Enfin, je verrai. Matte-toi « La raison », ou écoute un truc en attendant. Je t’ai laissé de quoi manger si jamais. »
- « Allez, putain ! Bon, à tantôt. »
- « Je serai là dans ¾ d’heure, bisous »
Fallais qu’elle se sente fatiguée ce soir. J’ai pris mes clopes, de l’eau, des aquarelles et j’ai peint un peu. Elle a fini par arriver, on s’est couché sur le futon, on a causé deux secondes pour s’endormir cinq minutes plus tard. A côté du lit, il y avait un chevalet et un toile sur laquelle on pouvait voir un homme seul devant un immeuble dans lequel tout le monde faisait l’amour sans arrêt. L’expression est une chose capitale parce que mine de rien, je suis sûr qu’elle a vu le tableau en rentrant et je pense ne pas avoir senti une Pinoko aussi chaleureuse depuis un bout de temps. Je vais mieux.
06 octobre 2007
Nuit - part [4] 1
La suite, encore... Voici le début du récit prosaïque. Bonne lecture
[4]
Je suis rentré chez moi dans ce vieil appartement charmant. Mon petit divan en cuir m’avait manqué, il fallait que je me repose. Bizarrement, après une dizaine de minutes, tout me semblait neuf, comme si ça m’était sorti de la tête. Il y avait mes tableaux, ma bibliothèque avec mes bouquins fétiches, le tapis indien, les six cendriers, mon lecteur de vynile sous sa machine à rêves. J’ai mis un concerto et, soupirant, je me suis allumé une clope. Elle m’a fait l’effet d’une bombe, je pense que j’ai somnolé pendant une petite demi-heure. Le téléphone sonne. « Ouais ? » - « Je peux venir maintenant ? » - « ok, à tout de suite. ». C’était Pinoko. Il faut que je me prépare.
Elle est arrivée, s’est assise sur mes genoux, a allumé une fine cigarette. Elle avait ce côté si désirable que c’en était presque divin. Il suffisait de la regarder pour tomber sous le charme. Sa légère bouche ni trop humide ni trop sèche, ses mains fragiles comme du cristal, et puis des cheveux noirs, un noir profond, puissant, ca lui donnait une apparence intelligente, intouchable. Et puis sa peau douce et fraiche soulignant les courbures de ses os lui donnait une forme magnifique. Sa poitrine était légère, toujours particulièrement bien mise en valeur par ses vêtements. J’aimais tous ses défauts, ses traits marqués, son menton plus long. Elle était loin d’être la perfection, heureusement. J’étais enchanté. Elle m’a embrassé comme à chaque fois, en me sucant légeremment la langue, c’était une sensation bizarre mais avec le temps, j’ai fini par adorer ça. On a fini notre clope, puis elle m’a demandé si j’allais mieux parce que j’avais l’air loin, enfoui quand elle est venue me chercher sur l’avenue 1. J’ai du mal à me souvenir mais je lui ai expliqué que j’avais été chez une amie et qu’on avait un peu trop bu, c’est pourquoi j’avais l’air absent. Elle a acquiescé puis elle s’est levée, j’ai été mettre ce fabuleux morceau : « Sand dog blues », elle m’a poussé sur mon futon, et on a baisé, naturellement. – Mouvements frénétiques, bassin qui s’agite, transpiration, respiration accélérée et petits gémissements sans pareils, une montée, une descente, plusieurs fois jusqu’à passer le point de non-retour, jouissance extatique, le lacher prise, sourires -. On est resté éveillé pendant encore un quart d’heure. On s’est assoupi. A la frontière de mon sommeil, je me suis rappelé quelque chose. Quand j’étais chez cette amie, Chitose, on a fait de la méditation avec de l’encens à l’opium pendant plusieurs heures. Expérience très intense. Elle habitait au troisième dans un appartement obscur. Je déteste y entrer d’ailleurs car on se sent visé, cerné de partout. Il y a des petits bruits étranges, des voix et un effet de larsen saisissant dans le corridor. Après ces quelques heures méditatives, on a bu un thé au cactus et d’un coup, elle m’a sauté dessus ~ on a baisé dans un état second. J’ai eu des hallucinations, je voyais sans arrêt des scènes étranges et irrationelles, et puis cette fille, pas vraiment humaine, qui n’était pas sans me rappeler continuellement Pinoko, mais sous une autre forme. Elle m’a sucé, c’était terriblement spécial mais ca me plaisait, j’ai joui et elle a avalé ça comme un nectar divin, elle était presque en transe. Puis elle a viré démente, et lorsque je me suis relevé, elle m’a poussé et je suis tombé dehors, du troisième – sable, couleurs rouges et bleues, étoiles, ciel nocturne, et une forme – je ne parviens plus à me souvenir mais j’ai traversé une eternité, le décor a disparu au profit d’un vide étendu et tout vibrait, le néant chaudement glacial, puis la rue a changé, j’ai vu un homme mais impossible de me souvenir véritablement de quelque chose. Attérissage dans un tas de caisses en carton qui contenaient des lunettes, ce qui a amorti ma chute. Chitose n’est même pas sortie pour voir, j’ai allumé une clope et je suis parti vers l’avenue 1 rejoindre Pinoko. Cet épisode, je ne pourrais pas l’exprimer, j’ai d’ailleurs décidé de garder ceci pour moi. Mais, Putain ! Je comprends rien. J’ai caressé le ventre puis les seins de Pinoko et je me suis endormi, ça faisait longtemps.
La nuit, chaque seconde est une heure et chaque heure, une pensée.
04 octobre 2007
Nuit - Fin [3]
Voila qui clotûre la trinité! Voilà aussi qui vient lancer la machine! Accrochez-vous, svp, ca vaut le coup!
Je marchais, sans limites, la course à mains et les pieds au corps. D’une longue avenue à cette lune à Venus, parcourus de frais à frissons. Parcouru à tatons, je vois ces fleurs qui jalonnent les bords du boulevard, deux trois clochards qui transpirent de glace et qui font virevolter la poussière, l’énergie abrupte d’une histoire sans fin, l’éternel désir du mieux : j’aime cette femme, j’aime cette vie, ainsi je décolle et je prends vie, un peu. En long et en large, j’ai croisé un homme. De noir vétu, et des blancs saugrenus dans la pensée. Il s’appelle Hans, Hans Marazito. « Bonjour. BONJOUR ! », n’osant pas répondre, je fuis en tête d’une armée d’idées folles. « Hom so sin Fail Hat e zie Zap pas en Kor…» - « Stop/+ sans quoi je ne comprendrai jamais rien […]». Il avait brisé quelque chose, je ne savais rien, sauf ça. Appelle-t-on ça une révélation ? De toutes parts, je frissone, je fantasme. « Alors, vous êtes dans la marine c’est bien cela ? », de quoi pouvait-il bien parler ce cœur délabré, sans aucune âme. La beauté pour moi réside dans le visage, on est marqué ou non, comme un tatouage à l’haine, sans frictions. Pourquoi la marine ? La profondeur des mers enflammées, le feu créateur. Je le sais, je bouillonne, je me consumme mais c’est indispensable. Si seulement une femme posait ses mains froides sur mon torse, elles brûleraient d’une passion, une haute pression, comme un marin qui, face au raz-de-marée reste stoïque, il ne quitte pas son amour, il y croit, fermement. « Comme je le vois, tu es celui qui est, mais tu ne fixe pas tes orages, ta folie te brûle, mais ne craint rien, la lueur t’éclaire comme une étoile qui, vingt ans auparavant, est morte, disparue à jamais. Mais toi, tu continue. Ta vie est guidée par l’instance, le travail mal fait subordonne ton projet, où vas-tu ? » - « Je vais me trouver ce qu’il faut, avec le même bonheur, depuis déjà vingt ans, c’est cela je te dis, mon moi, c’est mon bonheur, La Constante, ma ligne déterminatrice ! ». Je m’émeut ainsi d’un sans-abri plus humble que le dernier intellectuel refoulé, j’aime le silence profond. Quelle responsabilité peut-on donner aux avènements inattendus ? Cette douce mélodie mélancolique me perce sans m’évanouir totalement, sa douce voix résonne en moi, et j’hurle de joie et de mystère. Le mythe de l’artiste enfoui, l’alarme de la maladie, tout conduit à la mort libératrice, mais c’est à la vie qu’il importe d’accorder son crédit, et c’est comme ca qu’on y arrivera – Beauté, femme, amitié, créature, œuvre -. « Je pars, sois sûr que je t’accompagne, car, tu l’as surement déjà compris, tu n’as pour le moment rencontré que ta propre personne, mais tes délires me plaisent et m’enveloppent, je te suis et me refonds enfin en toi, je t’ai manqué, mais te voilà complet, cohérent. Merci. ». Une larme, je cligne des yeux. Ca brille, de façon violente. Qu’ai-je vu ? Rien. Devant moi, une avenue, des arbres, des graviers, une douce brise. Je respire et là, une mini tornade de sable s’envole puis disparaît, je me sens bien. Au loin, je la vois, elle arrive. « Mais où t’étais ? » - Bienvenue Pinoko, bienvenue. Je suis revenu !
[onicosmo]
23 septembre 2007
Nuit - [3] début
Voici la suite de Nuit, début du 3éme chapitre... S'il-vous-plaît, laissez avis et impressions.
[3]
- Un jour - Je lui disais, lors d’une soirée au monument Tizx parmis tous des sous-fifres, entre conversations inutiles, mondanités, soupçon d’intellect et zéro franchise, que, mal-amené, l’amour naissant reste sans aucun doute la force la plus dévastatrice d’un esprit fou. Fausse conversation, idée de supériorité. Sans pour autant virer au vulgaire, /regard qui voit loin, sentiment d’abscence/, la réponse fut pour le moins faible, voire inaudible même avec l’éclat rayonnant de la voix Zapienne de Pinoko Azusa, la femme du rêve et du désir. Ce genre de femmes du fantasme à l’état natif, pur et terriblement violent au niveau des sentiments. /affreuse envie de suer de chaleurs torrides et d’expériences intenses/. La conversation n’est ni un art facile ni quelque chose d’abordable pour le premier venu et il faut procéder de façon vile et précise, avec finesse, mais en bref, impossible de toucher ce bijou luxueux de façon honnête. Le célèbre jeu de la séduction Homme-rêve ou homme-femme exige que la technique soit de rigueur à tous moments. Elle s’en va jaser sans préoccupations plus importantes que la simple envie de rencontrer quelqu’un d’autre que ma personne mystérieuse et pour ainsi dire fermée. Lorsque je revint à la charge, elle s’omnibula d’une moue tendre et méprisante à la fois, mais j’eus à peine l’occasion de prononcer mes sons qu’un autre pointait déjà le bout de son nez. Mes chances semblaient me quitter vu que cet homme qui arrivait est considéré à raison comme l’idéalisation du sombre colérique séduisant mais je sais maintenant que ceci n’est que pur jeu égoïste compte tenu du fait que Pinoko AZ. est mon but premier, et que je suis le sien presque par conséquent. J’interromps donc leur faux partage pour lui signifier qu’être femme n’implique pas nécessairement l’idée de « l’être proie » et ainsi, l’homme ne doit, tout comme son opposé sexuel, pas livrer un combat, « J’aime te voir briller naturellement ». « Je ne suis pas ici pour ça, allons-nous en, je commence à le sentir venir, j’ai chaud et c’est sans espoir de fuite. ». C’était gagné, elle avait chuté, comme toute femme devrait savoir le faire face à l’homme compétent (tout en sachant continuer à penser à sa place supérieure). Moi, envahi du tendre sentiment du conquérant modéré, je l’emmène.
Rythmes incessants, des routes et encore des chemins, des robes froissées par les vents tumultueux de ces soirs bénis par l’aura d’une bienveillance maligne, pas innocente, comme les doutes d’un croquis rapide au fusain.
Tout commence à se dessiner. L’homme ou l’extérieur, la femme ou l’intime ? Ca plonge, je sors – Coupures, craquements, cris, stridents, tri dans la mémoire, soulageant -. A l’extérieur, on étudie, on comprend et puis on cherche, comme des errants, des étants. Nous cherchons à travers élégance sans cheveux blonds, les formes et les faux bonds, ce que rarement nous trouvons. Si elle se dessine, c’est sans prévenir, elle apparaît alors qu’on ne la veut pas (ou plus), mais là, on l’a vue. C’était un rêve tordu, et moi j’en suis resté à « Crève là ! dis-moi ? T’y a cru ? ». Mais la réalité – des pavés, du sable, in-existence – est la plus belle, comme un arbre face à l’exécuté. Je dirai bientôt : l’idéal est sans avenir. Jusqu’à ce que elle rentre – Cheveux noirs foncés épais, regard plissé brillant, bleus à boire l’été au frais, écart touché entre l’arrière et l’avant, les seins soulignés, le corps parfaitement abîmé –, essaim d’attaques cardiaque lors de son entrée. J’étais figé, et elle : « PUTAIN ! Quand vas-tu enfin parler ?!». Cette fois j’étais bel et bien réveillé, pour un bout de temps, je me suis levé et j’ai quitté mon lit fumant, je savais une chose : dehors il y’aurait une vallée inconnue et moi, j’ai désormais plein de choses à faire, vivre et voir sans haine, tout ca était la clé.
29 juillet 2007
Nuit - [0] - [1] - [2]
J'ai longtemps hésité à publier cette esquisse, mais voilà le début de mon projet littéraire principal, si quelqu'un aime, ca me ferais plaisir(ou pas) de savoir pourquoi, comment, quand, sous quoi, etc...
Cela dit voici les premières pages de "Nuit", signées N.M....
« Nuit », par MARION N.
Nuit … Nuit, désertique Journée, peuplée – Tournée, en avance, je parcours cela.
Me voilà, petit d’au-dessus, grand d’en dessous, infime en contre-plongée, je suis seul et animé dans une étendue, cette étendue surface vallonnée aux teintes vertes, dorées. Bercé par les sons bleus, parcouru de frissons et emporté par les vents - Sinistres détails - soirs bleus d’été, sueurs fraiches en plein front, face à cette étrange forme fixée dans le sable. Un long et haut cercle épais regorgeant de couleurs saturnales, anneau puissant sensible porté en haut divinement. Les astres brillent, la lune rayonne, et la vie m’emplit de fraicheur nocturne, lumière blanche qui se répand et éclaire, ce soir, mon ciel magnifique. Seul ce cercle brillant est entouré d’ombre, il m’attire et m’inquiète. En contemplation, j’en fais le tour plusieurs fois, et continue de l’observer attentivement, puis ;
Un instant. Il disparait. Un instant. Il réapparait.
Comme un bug, une erreur système. Un son très doux et lointain parcoure mes oreilles et m’envoute, me captive, je suis figé – « Un moment s’il-vous-plait -…- Un moment s’il-vous-plait - » – mon regard est vide mais mon esprit danse, il tourbillonne, mon corps en transe et je tourne de ma tête autour du cercle qui rayonne, éclairé aux lumières des boréales étoiles - « *dégradation du ton de la voix vers le grave* Je t’aime Monsieur, je t’aime monsieur débridé, parle sans rien, sans sens, sans sang, seul mon aura est -…- seule mon -…- est […] à travers cela, ce toi qui vole, tu t’en vas, ne pense - … - Au Revoir - ~ - Au Rev~ir ». Néant Vital, Fin du Cercle.
Une musique aérienne, divine, volante circule dans l’atmosphère calme avec des ensembles de cordes envoutants et le jour et la nuit se confonde, le soleil passe devant la lune lorsqu’il fait noir et la lune brillle sur le soleil du jour eternel, mon corps est étendu une dizaine de centimètres au-dessus du sol et le sable m’envelloppe de ses bras venteux, mes yeux ont viré bleu ciel et le noir de mes pupilles s’est enfui, il forme un nuage au-dessus de ma tête. Ainsi tout est Un et nous sommes Tout. Soudain, je m’éveille, mon corps monte, il s’envole, je laisse le noir de mes yeux derrière moi, mes yeux sont bleus et purs comme de la nacre, sans obscurité et mon âme est ouverte, révélée.
[1]
Sillons, fresques et passages infréquentés, sentiers torrides de sable, froid glacial et envoutant – Ciel marée … étoiles mauves et rouges. En marche vers l’idéal montant, l’élevé du bas, le rayon blanchâtre de mes airs. Des blés dorés sur lesquels rebondissent des nuées, sauvages libellules elfiques et libres. Mes pensées sont tornades et tempêtes, le pays se courbe en forme tubulaire tel mon tunnel personnel interne tout autour de moi. Sur mes pas, le chemin normal. Mais vu de loin, ce tube est entouré de néant. Le vide important, le contour du monde, c’est là l’atteinte, le rêve, l’idéal, de ces chemins torrides naît la beauté, qui mène - ~ ménera là où je m’en vais.
[2]
Distorsion
/ ;
< Zap
Sur la route, je rencontre une fleur, avec des antennes et de longs prolongements noirs extrêmment travaillés continuants ses yeux. Des perles blanches qui brillent dans le noir de sa rétine se dégage un charme chauffant et enduisant. De sa bouche gracieuse et précieuse. De ses dix doigts, prolongements de bras dont on pourrait dire qu’ils sont ailés, sort une question, de jolies sonorités. « D’où cache tu ce caractère cassé, ce sentiment, cette âme sur ton visage, cet amour refoulé ? », « De loin sans ça, sans croquis, sans contours, je m’évanouis… » : sommeil profond, decouvertes [../..*] – « Je suis Paz >/ ; Bienvenue ! ».
Paz est devenue mon amie, nous voyageons, nous marchons – silouhette gracieuse, yeux nacrés, élancée ~ déhanchée, oreilles formées, révellée. Contemplation, amours et fraiches matinées, seins blancs galbés, femme universelle d’âme absolue, le cœur circulaire, je l’ai vue. L’entourage oscille comme une harmonie qui vibre, elle est le monde, elle a l’œil universel, les formes convexes nouvelles et les droites, la pupille vibrante, le regard nettoyé et profond comme un impact, comme le son d’un orgue, comme la mer, commme les mères. L’idéal exprimé, la réalité déportée ; mondes vaporiques, pures idées.
Un son, faisceau lumineux traversant l’horizon qui chauffe comme de l’eau, violence conjuguée |°§ - « Soudain, toi, viens par ici ! Allonge-toi, savoure ce… » -Je m’endors-. Lumière jaillissante, un feu glacial qui explose face à mon âpre visage, un énorme artifice, lumière d’opale. Je m’émerveille, une douce chaleur parcoure mon corps ~ mon sexe, accompagné d’une substance vibrante |sskt| : Horreur, cardiasme ! Une femme, un corps de femme, le visage de notre mère ! Distordue ! Crispations, violence conjuguale |°#°| ! Reveil, un cri, sueurs froides et douceurs matinales. Comble : Paz me mord la langue doucement, la suce gentiment, « Bienvenue chez Toi ! », je la saisis promptement, allumé. Avec ses longues oreilles pointues, l’orient en son âme, elle me serre, m’enlace, et ses yeux se noircissent de plus en plus. Ses rondeurs sur mon torse, nos chevelures entremêlées telles des crinières ondoyantes, unis comme un pulsar. Aux joies de l’amour ! Frayeurs, pénétration chaleureuse, doux va-et-vient obsessionel, je transpire, elle rassure, heureuse.... Gémissements adorables, mesquins. Je lâche prise, la jouissance. Adieu torture-syndrome, à Jamais ! Plus libre que jamais auparavant, je m’éfface, l’encens en mon nez, odeure fragile comme un fragment d’améthyste qui se brise.
L’ambiance est chaude et moite, les tapis luxuriants de couleurs et de longs filets tressés supspendus au toit. Tous deux assis, méditant. Je ressens des caresses, des baisers, des paroles magiques, pourtant je constate : nous ne bougeons pas. Mais nos âmes discutent, elles chantent et convergent. « J’aime… ». « Je suis. » - « Je t’aime, prends mes formes. Modèle ! Crée ! », Fantasmes ? Non. Impressions, des sensations volantes, des odeurs droguantes, c’est ennivrant.
D’une longue reflexion me vient la peur, l’angoisse. Le cauchemard, la rêverie, spasmes-flash, tremblements et stupeurs, quel monde m’entoure, ou plutôt, où suis-je ? Quelqu’un entre et annonce : « Avez-vous vu la catastrophe en extérieur ? ». Sortie consciente, aperçu : de longues routes jaunes et buboniques, du sable en l’air et des ipomées sur les immeubes. Si je suis sorti, c’était pour voir. Là, Je suis vu de tout le monde. Chaque homme à chaque pâle fenêtre me fixe droit – obsrtuction, silence, pesanteur, lumière terne - leurs yeux tirés vers l’arrière, le sourire pointu et triangulaire et la haine viscérale sur la peau. C’est la fuite, la course effrénée. * Changement de décor : Une maisonnette sale, abandonnée. Des bois, de l’herbe (haute), un groupe de gens, cinq femmes et trois hommes.*, les poursuivants toujours plus déments poursuivent à la haine et à la rage des opprimés. Le stress, le sang circule, sensation de non-sortie, arrêt respiratoire conscient malgré possibilité de reveil, orgie bleutée généralisée dans une ambiance lourde, je lèche la petite excroissance / |sskt| : tourmente et reveil, un doigt dans la fente, Paz sourit, les yeux fixes, la bouche pointue, canines en exhibition et ses longs cheveux fins en l’air tel un démon. D’une voie rocailleuse et métallique, elle me dit : « A la page 3, éloge de la fuite ! ».















