Silencio

Ceci est une réactualisation, un passage... Textes, humeurs, musique video et chroniques seront de mise! Bonne consultation

04 février 2008

Nuit - [6] (Suite)

L’étrange étang où nous nous lavons est en réalité un bassin important situé à l’intersection de deux cours d’eau, ce qui lui donnait quatre bouches possibles et aspirantes, attirantes. Recueil des abjections d’une cité entière, région pétrolière, mousseuse parure, même les pelouses sont grasses, pleines de cendres, de déchets organiques lyophilisés. Mais l’eau, vivante, se renouvelle sans arrêt, elle coule. Ainsi, « Le bassin hygiénique » était le lieu par excellence du paradoxe : L’hygiène malfaisante. Tandis que je terminais de me purifier à grands envois d’eau, j’observais l’attitude de Phil – il devenait inquiétant. Complétement fermé sur lui-même, il avait maintenant la véritable fœtale-position et il flottait – mouvements réduits à néant, il avançait doucement au fil du cours d’eau. « Phil ?! » - vide vocal, son pour percer le silencieux chut. Il s’enfonçait vers le croisement [3]>/³ de la cuvette. Stress.

            Très vite il a disparu, emporté par les flots, tumulte choatique. Le soleil était plus absent que le vide, mais quel feu ! Une chaleur épouvantable. Eventé, mon cœur n’a fait que deux tours : le premier, de la fascination, le deuxième, un élan. J’ai bondi, nu, dans l’âpre fond dégueulasse et nauséabond. L’âme du bassin, sous l’eau claire, n’était que putréfaction dissolue, de la merde noire, du métal-carburant, des déjections abjectes. Je remuais cet immonde rejet de l’humanité pour sauver un homme, avec comme seuls camarades le dégoût et l’amour. Cours, patauge, embourbe-toi pour le sentiment du héro, c’est de bon genre. […] – un instant, il disparaît – une seconde blanche, il réapparaît. Toujours dans ce déluge de larmes chaudes, je flotte maintenant en terrain inconnu et par conséquent non-hostile, on se sent loin de tout, et si proche de soi. Mais je dois me hâter, « PHIL ?! » - Un vent froid. J’ai mis un pied sur la rive, « I am », forêt noire, sombre et noire. Des arbres énormes cotoyent des herbes minuscules et abritent, par-dessus-tout, de longs et plats insectes en plomb, déchiqueté d’humidité avide et confiante. Je sais, on est dans les Kupuks, une région mousseuse, réputée pour son lychen frais aux vertus curatives. Le peuple qu’elle abrite est forestier, tribal, et rigoureusement intelligent. J’avais donc tout à craindre ici : a priori pas d’ennemis, une région fraiche, propre, naturelle. Quand on vient du fond de SinYil, rien de tout ça ne présage un avenir proche sécurisant. C’est parti ! J’ai couru sur la rive pendant un bon moment, l’air frais me droguait et ma course devenait danse, j’observais – mono-concentration – les alentours : tournesols rouges impénétrables, des sous-bois qui fourmillent des chemins sans doutes labyrinthiques, ce doux fleuve dont les bruissements sont calmants et acclamant d’une candeur innocente. J’apercevais parfois, lorsque je m’arretais pour me reposer, des petites habitations de Kups (le peuple local) trèssées à l’aide de matières rares pour les citadins : de la peau de vautour pour le toit, une vieille forme de ciment à base de sève et de tiges d’ortie rouge, le reste répondait aux codes normaux du matériau de construction. Parfois je croisais le regard d’un de ces hommes surdoués et il me souriait – sourire inconnu.

            L’instinct m’empoissait les tripes, j’avançais sans véritablement suivre de piste, sans même savoir, à dire vrai, où j’étais tombé, quelle partie de la région, où dans les Kupuks ? Et surtout, comment ? J’ai quitté le Bassin Hygiènique en un quart de seconde. Pourtant, l’heure tourne et je n’ai point d’autres choix que de continuer à chercher farouchement Philos, le plus vieu de tous les Kults ! J’ai décidé d’aller interroger un autochtone, simplement. L’approche fut terrifiante, mais dès qu’on a entamé la conversation, je suis redevenu calme. Une femme. Elle porte de longs cheveux noirs, comme le veut la tradition Kupa (on nous apprenais ça à La formation). Jolie, élégante : elle s’habille avec une longue robe de tissu, trempée dans de la cire mielleuse du Nord-est Kupa, ce qui me donnait une indication supplémentaire : j’aurais préféré le Nord tout court. « Paz Hom so Sin fail hat ? », ce qui signifie « Un homme de Sin est-il passé par ici ? ». Je m’attendais à la négative, par mes voyages précédents (ceux que j’ai pu faire six ans auparavant au cours de La formation). Je savais que rarement les Kups prenaient la peine de répondre au gens de type Sinien. « Pas kor, no sé hat, sé mar » : Pas encore, il n’est pas ici, il est ailleurs. Mais, de façon surprenante, elle m’a invité à rester pour la Nuit – désarroi, érrance – « Ka », Restons.

Ferme les yeux, et regarde ce noir fulginieux pour qu’il s’éclaire. 

                                                            CaspienneSat

Posté par onicosmo à 23:00 - Nuit - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=304185&pid=7832330

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :