Silencio

Ceci est une réactualisation, un passage... Textes, humeurs, musique video et chroniques seront de mise! Bonne consultation

24 novembre 2007

Nuit - [5]

La suite, on commence à s'amuser.

[5]

            La lumière est revenue mais la pièce, elle, restait inchangée. Tout était en place sauf un simple cadre qui s’était brisé. C'est un petit cadre photo où j’avais mis un cliché de moi à ma vingtaine. Sur la photo, j’étais grand, fier, j’avais l’air d’un génie à demi-nu, surtout avec le contexte de la photo, c’était en effet dans les montagnes vertes du sud. Aujourd’hui, douze ans plus tard, j’avais l’impression d’avoir un teint livide, des cernes énormes, comme si je devenais peu à peu avachi. Le fait de voir ce cadre brisé m’a procuré un brin de nostalgie, pourtant je n’ai pas vraiment l’impression que quelque chose ait changé depuis cette époque. Une épineuse question me trottait tout de même en tête : comment s’était-il cassé ? En effet, il avait véritablement éclaté en mille morceaux. Je ne pouvais pas m’expliquer ce qui venait de se passer et c’est là que le téléphone sonna à nouveau. Un homme m’a parlé avec une drôle de voix, celle d’un vieu fumeur de cigare accro au whisky. Je n’ai pas eu le temps de dire quelque chose, il m’a juste demandé de le rejoindre dans un café du centre sur l’Avenue Infinie.

            Curieux de savoir, je me suis empressé de m’habiller, j’ai mis ma longue veste qui pendait toujours sur ce porte manteau d’antiquaire, encore au même endroit. J’ai marché, beaucoup trop même. Putain c’était vraiment long. Une fois arrivé sur l’avenue même, je n’étais pas plus avancé. Je devais trouver le café «  Window’s cars », n°5[²]. Décrire complètement cette avenue, c’est une peine perdue. Le ciel y est bleu les douze premières heures de la journée et d’un noir glacial les douzes autres, elle est luxuriante d’une flore extraordinaire : des lianes à en perdre raison, beaucoup de mousse, des ipomées partout et surtout les plus belles Belles de nuit et Belles de jour de la région, sans doute grâce au climat particulier. Les batiments sont de hauts buildings dont on ne voit pas le bout, ils ont la particularité d’être construit avec un matériau unique en son genre : du pavé. Ici, tout est en pierre, surtout en pavé. Malgré la très haute fréquentation de l’avenue, la route est de terre et de sable, un sable jaune comme de l’or portant dans ses vents l’histoire d’au moins mille ans d’existence. C’est en effet l’une des avenues les plus anciennes de la cité. Son ambiance si particulière tient de cet alliage entre le sauvage et l’extrême activité tant commerçante que citoyenne de l’avenue. Quand on y entre, malgré un sentiment de silence, il y a des gens qui crient partout, depuis leur fenêtre, dans les rues, les bouches d’égoûts, et autres petits recoins insoupçonables. Les lieux de culte et les bars se confondent presque et s’y retrouver n’est pas chose aisée, certains sont devenus fou à lier ici. C’est, pour dire les choses simplement, le paradis de la folie, de l’étrange et de l’éternel car ici, tout entre, tout sort, tout se perd, tout est divin et ancien, tout est débauche. C’est une véritable noyade pour l’âme et la raison, étendue sur quarante kilomètres de longueur pour trente mètres de largeur.

            En y entrant, tout m’est revenu d’un coup, comme ça, sans prévenir. Je me suis rapellé de ma jeunesse, de tout le temps que j’avais passé ici à tourner de bar en bar, à tous ces moments d’ivresse, à toutes mes grandes passions, à toutes ces femmes, à ces nuits passées à boire pour gamberger et se coucher sur la route dans les hautes herbes, à la fraicheur sur nos fronts avec comme seul et unique vue les étoiles. Il nous arrivait souvent de faire l’amour en plein air, sans se poser de question. Je me suis souvenu de tous mes anciens amis, tous perdus aujourd’hui, ou presque : Jack, Alex, Philos, Tiphane, Oriana, Selophon, etc. Il y en a juste un dont j’ai oublié le nom, j’avais travaillé avec lui sur les mers, on se saoulait tout le temps jusqu’à ne plus pouvoir penser à autre chose qu’aux étoiles, et à ce stade là, on s’esclaffait toujours jusqu’à s’endormir d’épuisement. Impossible de revenir sur son nom. Où avais-je perdu la tête pendant tout ce temps, ces souvenirs venaient de refaire surface et me faisait le plus grand bien, c’était comme renaître, se réveiller après une dure journée ou encore, comme s’endormir après une longue nuit blanche. Je me sentais tout neuf, plein de vigueur, j’en oubliais presque mon appart minable en banlieue, j’avais retrouvé la mémoire ! Du moins, une grande partie de celle-ci. Tout brillait autour de moi, j’avais à nouveau l’impression d’avoir une place, une origine. C’était magique, féérique. C’est ici, sur cette avenue, L’Avenue Infinie ! que j’avais rencontré Pinoko, une nuit d’été. Je me suis d’ailleurs rapellé d’une chose à son propos, on l’appelais tous Sekai parce qu’elle apportait toujours son bonheur quand elle parlait. J’ai seché une légère larme, une larme unique, brillante comme une perle azurée des mers Centrales, fragile comme un fragment de crystal. Un oiseau, minuscule s’est posé sur mon épaule, a sifflé, je me suis mis à marcher.

inf

[Onicosmo]

Posté par onicosmo à 22:29 - Nuit - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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