23 octobre 2007
Nuit - [4] suite
Continuons...
Le lendemain, réveillé à 9h30, l’heure parfaite, j’ai flâné dans mon lit en réfléchissant. J’avais des foules d’idées en tête, mais le matin a ses caprices et tout se passait lentement, comme lorsqu’on attend pour une correspondance, pour une réponse, ca passe, doucement. L’aube est ses couleurs blanchâtres et fraiches font que l’ambiance matinale se dessine toujours propice au bien-être. Quand on se lève, on veut refaire le monde, comme chaque matin, pour finir le soir éteint d’utopie et rongé par les passions sombres, les longues nuits brulantes, les questions et les tracas. Profitant de ce répit, j’en ai profité pour apprécier ce qui m’entourait. Et la plus belle chose que je trouvai à regarder fut Oko qui sommeillait encore avec le fougueux concerto de Rachmaninov qui s’écoulait doucement. Le dos nu, la légère brise caressant sa peau blanche lui dressait son léger duvet qui rend la chose si enviable. Partiellement recouverte, le buste dégagé, j’étais pris d’un sentiment qu’on appelle tendresse. Hélas, je savais que rien n’était ainsi. La journée serait longue et sans intérêt, passante comme ces jeunes femmes que nous croisons dans les rues. Mon état reflétait toute l’ambiguïté d’un homme déchiré entre l’intuition d’une beauté idéale, d’une libération salvatrice et la constatation que la vie, dans son acte créateur, détruit littéralement sa propre fonction, à savoir faire vivre. Je vis face à la mort, ma finalité, en l’exprimant dans l’amour, dans l’art. Mais c’est la nuit qu’elle se fait ressentir. La nuit, je me sens proche de ma petite mort, et quand je sommeille, j’espère pouvoir lui rendre visite, non pas que je veuille mourir, tout sauf ça, mais elle révèle au vivant sa capacité à comprendre et à créer. La tendre et douce nuit, celle qu’on me contait quand j’étais enfant, celle des bons truands, celle des sueurs froides et terrifiantes, celle des tourments enfantins ou des fous, celle des longues étreintes charnelles, elle est tout ça à la fois et ne se prive pas de rajouter des victimes sur sa longue liste de mordus.
J’ai longtemps désiré faire de ma vie une expérience, d’en faire l’absolu, de dessiner les contours de l’inconnu, de monter en flèche, de me briser en mille morceau au centre de l’harmonie, vibrant dans le néant spatial, de mourir courbé en projetant une onde de chaleur et enfin, m’en aller serein. Or, je sais que rien n’est si élevé, du moins pour l’instant. Je tresse un nouveau fil chaque jour, complétant ainsi le Loom de ma vie. Je me rappelle d’une histoire qu’on m’avait contée autrefois. Elle parlait d’un événement étrange et mystique. Je ne me rappelle malheureusement plus du titre. Ca parlait d’un homme qui avait cherché son amie la vérité toute sa vie et qui avait un jour disparu d’une façon inexpliquée dans un désert divin, et la légende racontait qu’il y serait mort, l’ayant enfin retrouvée, son amie disparue depuis toujours. En y repensant bien, c’était lourd de sens mais je ne pense pas y avoir compris grand-chose à l’époque, pourtant elle m’avait fasciné, et c’est d’ailleurs l’une des rares choses dont je me souviens d’une telle façon.
Au moment même où je pensais à ça, le téléphone a sonné. Je suis descendu voir. Rien, plus un bruit. Mais il y a quelque chose qui m’inquiétait, il faisait noir, plus noir que le bout du monde. D’un coup, tout a vibré puis s’est brisé dans un vacarme extrêmement violent, un bout de verre m’a entaillé la joue, j’étais gelé, glacial, de la buée sortait du bout de mes lèvres. Un bruit grave et massacrant a empli la pièce. J’ai peur, très peur. Nous étions bien le matin pourtant ? mon pauvre cœur.
[Onicosmo]
21 octobre 2007
Ha! Megamisama
Rien à faire, je reste fan de l'art de ce manga (Mais, svp, ne me parlez pas du scénar, de la daube!)...
20 octobre 2007
M.M.
Du psyché?
Nuit - [4] suite
En espérant avoir pris le bon tournant.
Pour l'ambiance, je vous reccomande ce petit plaisir :
Bonne lecture,
[Onicosmo]
L’autre jour, je me suis posé sur le bord d’une fontaine, avenue 3. J’ai fumé d’abord une clope. Les gens passaient, comme un flux. Il n’y avait personne, sauf un flux, un perpétuel mouvement. Dix minutes. J’allume la deuxième. L’indifférence, passivité totale, bien que je ne manque pas une miette de ce que j’observe, la beauté des femmes notamment. Huit minutes. Je grille une troisième allumette. L’observation, lente et désordonnée, un passe temps favori mais risqué. Le temps passe, comme un meilleur ennemi qu’on ne se lasse pas de regarder. Un coup d’œil, puis un vague sentiment. De la musique. Vingt minutes. Une feuille, du tabac. Je réfléchis, puis pose mon regard par terre. Mes chaussures ou plutôt mes pieds battent la mesure. Un stress. Douze minutes. On tire une bouffée. Je cherche à boire, une bière fera l’affaire. Je me rassieds sur la fontaine. L’obscurité descend, le ciel est menaçant. Trente minutes, quatre pompes à mort envolées. La solitude. Profonde détresse, la haine forge sa place, le corps n’est plus que chair, le regard est tendre et triste, la poussière vole. Triste constat. Jalousie, brouillon, fatigue. Trois heures. Rien. D’un coup, un rayon lumineux, un sentiment de fraicheur. Légère hallucination, petite illumination : je me sens bien. J’ai eu l’envie de me lever, crier sans jamais m’arrêter jusqu'à suffocation. Tout est suspendu, ça vibre. Quel bien-être ! Je m’assieds et je fume la dixième de la soirée.
Voilà l’ironie. La fuite : le rayon, le bien-être ~ mais, à peine enfui, la clope pour se rappeler, redescendre : le triste sort. L’homme a sûrement inventé Dieu un soir de solitude, ou bien le contraire…
Je me suis levé pour mettre ma longue veste qui pendouille sur mon corps un peu bourru bien qu’élancé. Je me demande d’ailleurs pourquoi je prends le soin de garder cette longue chevelure et cette lourde écharpe autour du cou. Avec les yeux vides, j’ai pris l’avenue 2 pour rentrer chez moi. C’est le moment où l’on ne pense à rien sauf à grimper la même cage d’escalier sans cesse, chaque soir, chaque matin. J’ai pris le téléphone pour appeler Pinoko et j’ai saisi un bic pour griffonner des taches d’encre.
- « Oko ? Viens s’il-te-plaît, je crois que j’ai perdu ma foi il y a à peine une demi-heure… »
- « Si t’arrêtais de regarder ton orgueil à chaque seconde de ta journée, ça irait peut-être un peu mieux… Je veux dire, tu ne fais rien à part te comparer aux autres. »
- « Ouais ouais…bon, tu viens ? »
- « Non. J’ai pas envie là. Je suis sur l’avenue 12 et je me sens comme heu… fatiguée. Enfin, je verrai. Matte-toi « La raison », ou écoute un truc en attendant. Je t’ai laissé de quoi manger si jamais. »
- « Allez, putain ! Bon, à tantôt. »
- « Je serai là dans ¾ d’heure, bisous »
Fallais qu’elle se sente fatiguée ce soir. J’ai pris mes clopes, de l’eau, des aquarelles et j’ai peint un peu. Elle a fini par arriver, on s’est couché sur le futon, on a causé deux secondes pour s’endormir cinq minutes plus tard. A côté du lit, il y avait un chevalet et un toile sur laquelle on pouvait voir un homme seul devant un immeuble dans lequel tout le monde faisait l’amour sans arrêt. L’expression est une chose capitale parce que mine de rien, je suis sûr qu’elle a vu le tableau en rentrant et je pense ne pas avoir senti une Pinoko aussi chaleureuse depuis un bout de temps. Je vais mieux.
10 octobre 2007
Tri en Catégories
Pour ceux qui désire lire les articles classés en catégories, je suis en train de faire le classement.
En attendant, J'ai enfin classé "Nuit" de [1] jusque [4] dans la catégorie du même nom.
Il suffit donc de cliquer sur "Nuit" dans la rubrique "Catégories" pour pouvoir lire toutes les parties de texte en un coup et du début (ce qui est important).
Voilà
[Onicosmo]
ps: Remarquable W. Blake
06 octobre 2007
Nuit - part [4] 1
La suite, encore... Voici le début du récit prosaïque. Bonne lecture
[4]
Je suis rentré chez moi dans ce vieil appartement charmant. Mon petit divan en cuir m’avait manqué, il fallait que je me repose. Bizarrement, après une dizaine de minutes, tout me semblait neuf, comme si ça m’était sorti de la tête. Il y avait mes tableaux, ma bibliothèque avec mes bouquins fétiches, le tapis indien, les six cendriers, mon lecteur de vynile sous sa machine à rêves. J’ai mis un concerto et, soupirant, je me suis allumé une clope. Elle m’a fait l’effet d’une bombe, je pense que j’ai somnolé pendant une petite demi-heure. Le téléphone sonne. « Ouais ? » - « Je peux venir maintenant ? » - « ok, à tout de suite. ». C’était Pinoko. Il faut que je me prépare.
Elle est arrivée, s’est assise sur mes genoux, a allumé une fine cigarette. Elle avait ce côté si désirable que c’en était presque divin. Il suffisait de la regarder pour tomber sous le charme. Sa légère bouche ni trop humide ni trop sèche, ses mains fragiles comme du cristal, et puis des cheveux noirs, un noir profond, puissant, ca lui donnait une apparence intelligente, intouchable. Et puis sa peau douce et fraiche soulignant les courbures de ses os lui donnait une forme magnifique. Sa poitrine était légère, toujours particulièrement bien mise en valeur par ses vêtements. J’aimais tous ses défauts, ses traits marqués, son menton plus long. Elle était loin d’être la perfection, heureusement. J’étais enchanté. Elle m’a embrassé comme à chaque fois, en me sucant légeremment la langue, c’était une sensation bizarre mais avec le temps, j’ai fini par adorer ça. On a fini notre clope, puis elle m’a demandé si j’allais mieux parce que j’avais l’air loin, enfoui quand elle est venue me chercher sur l’avenue 1. J’ai du mal à me souvenir mais je lui ai expliqué que j’avais été chez une amie et qu’on avait un peu trop bu, c’est pourquoi j’avais l’air absent. Elle a acquiescé puis elle s’est levée, j’ai été mettre ce fabuleux morceau : « Sand dog blues », elle m’a poussé sur mon futon, et on a baisé, naturellement. – Mouvements frénétiques, bassin qui s’agite, transpiration, respiration accélérée et petits gémissements sans pareils, une montée, une descente, plusieurs fois jusqu’à passer le point de non-retour, jouissance extatique, le lacher prise, sourires -. On est resté éveillé pendant encore un quart d’heure. On s’est assoupi. A la frontière de mon sommeil, je me suis rappelé quelque chose. Quand j’étais chez cette amie, Chitose, on a fait de la méditation avec de l’encens à l’opium pendant plusieurs heures. Expérience très intense. Elle habitait au troisième dans un appartement obscur. Je déteste y entrer d’ailleurs car on se sent visé, cerné de partout. Il y a des petits bruits étranges, des voix et un effet de larsen saisissant dans le corridor. Après ces quelques heures méditatives, on a bu un thé au cactus et d’un coup, elle m’a sauté dessus ~ on a baisé dans un état second. J’ai eu des hallucinations, je voyais sans arrêt des scènes étranges et irrationelles, et puis cette fille, pas vraiment humaine, qui n’était pas sans me rappeler continuellement Pinoko, mais sous une autre forme. Elle m’a sucé, c’était terriblement spécial mais ca me plaisait, j’ai joui et elle a avalé ça comme un nectar divin, elle était presque en transe. Puis elle a viré démente, et lorsque je me suis relevé, elle m’a poussé et je suis tombé dehors, du troisième – sable, couleurs rouges et bleues, étoiles, ciel nocturne, et une forme – je ne parviens plus à me souvenir mais j’ai traversé une eternité, le décor a disparu au profit d’un vide étendu et tout vibrait, le néant chaudement glacial, puis la rue a changé, j’ai vu un homme mais impossible de me souvenir véritablement de quelque chose. Attérissage dans un tas de caisses en carton qui contenaient des lunettes, ce qui a amorti ma chute. Chitose n’est même pas sortie pour voir, j’ai allumé une clope et je suis parti vers l’avenue 1 rejoindre Pinoko. Cet épisode, je ne pourrais pas l’exprimer, j’ai d’ailleurs décidé de garder ceci pour moi. Mais, Putain ! Je comprends rien. J’ai caressé le ventre puis les seins de Pinoko et je me suis endormi, ça faisait longtemps.
La nuit, chaque seconde est une heure et chaque heure, une pensée.
04 octobre 2007
Nuit - Fin [3]
Voila qui clotûre la trinité! Voilà aussi qui vient lancer la machine! Accrochez-vous, svp, ca vaut le coup!
Je marchais, sans limites, la course à mains et les pieds au corps. D’une longue avenue à cette lune à Venus, parcourus de frais à frissons. Parcouru à tatons, je vois ces fleurs qui jalonnent les bords du boulevard, deux trois clochards qui transpirent de glace et qui font virevolter la poussière, l’énergie abrupte d’une histoire sans fin, l’éternel désir du mieux : j’aime cette femme, j’aime cette vie, ainsi je décolle et je prends vie, un peu. En long et en large, j’ai croisé un homme. De noir vétu, et des blancs saugrenus dans la pensée. Il s’appelle Hans, Hans Marazito. « Bonjour. BONJOUR ! », n’osant pas répondre, je fuis en tête d’une armée d’idées folles. « Hom so sin Fail Hat e zie Zap pas en Kor…» - « Stop/+ sans quoi je ne comprendrai jamais rien […]». Il avait brisé quelque chose, je ne savais rien, sauf ça. Appelle-t-on ça une révélation ? De toutes parts, je frissone, je fantasme. « Alors, vous êtes dans la marine c’est bien cela ? », de quoi pouvait-il bien parler ce cœur délabré, sans aucune âme. La beauté pour moi réside dans le visage, on est marqué ou non, comme un tatouage à l’haine, sans frictions. Pourquoi la marine ? La profondeur des mers enflammées, le feu créateur. Je le sais, je bouillonne, je me consumme mais c’est indispensable. Si seulement une femme posait ses mains froides sur mon torse, elles brûleraient d’une passion, une haute pression, comme un marin qui, face au raz-de-marée reste stoïque, il ne quitte pas son amour, il y croit, fermement. « Comme je le vois, tu es celui qui est, mais tu ne fixe pas tes orages, ta folie te brûle, mais ne craint rien, la lueur t’éclaire comme une étoile qui, vingt ans auparavant, est morte, disparue à jamais. Mais toi, tu continue. Ta vie est guidée par l’instance, le travail mal fait subordonne ton projet, où vas-tu ? » - « Je vais me trouver ce qu’il faut, avec le même bonheur, depuis déjà vingt ans, c’est cela je te dis, mon moi, c’est mon bonheur, La Constante, ma ligne déterminatrice ! ». Je m’émeut ainsi d’un sans-abri plus humble que le dernier intellectuel refoulé, j’aime le silence profond. Quelle responsabilité peut-on donner aux avènements inattendus ? Cette douce mélodie mélancolique me perce sans m’évanouir totalement, sa douce voix résonne en moi, et j’hurle de joie et de mystère. Le mythe de l’artiste enfoui, l’alarme de la maladie, tout conduit à la mort libératrice, mais c’est à la vie qu’il importe d’accorder son crédit, et c’est comme ca qu’on y arrivera – Beauté, femme, amitié, créature, œuvre -. « Je pars, sois sûr que je t’accompagne, car, tu l’as surement déjà compris, tu n’as pour le moment rencontré que ta propre personne, mais tes délires me plaisent et m’enveloppent, je te suis et me refonds enfin en toi, je t’ai manqué, mais te voilà complet, cohérent. Merci. ». Une larme, je cligne des yeux. Ca brille, de façon violente. Qu’ai-je vu ? Rien. Devant moi, une avenue, des arbres, des graviers, une douce brise. Je respire et là, une mini tornade de sable s’envole puis disparaît, je me sens bien. Au loin, je la vois, elle arrive. « Mais où t’étais ? » - Bienvenue Pinoko, bienvenue. Je suis revenu !
[onicosmo]










