20 octobre 2007
Nuit - [4] suite
En espérant avoir pris le bon tournant.
Pour l'ambiance, je vous reccomande ce petit plaisir :
Bonne lecture,
[Onicosmo]
L’autre jour, je me suis posé sur le bord d’une fontaine, avenue 3. J’ai fumé d’abord une clope. Les gens passaient, comme un flux. Il n’y avait personne, sauf un flux, un perpétuel mouvement. Dix minutes. J’allume la deuxième. L’indifférence, passivité totale, bien que je ne manque pas une miette de ce que j’observe, la beauté des femmes notamment. Huit minutes. Je grille une troisième allumette. L’observation, lente et désordonnée, un passe temps favori mais risqué. Le temps passe, comme un meilleur ennemi qu’on ne se lasse pas de regarder. Un coup d’œil, puis un vague sentiment. De la musique. Vingt minutes. Une feuille, du tabac. Je réfléchis, puis pose mon regard par terre. Mes chaussures ou plutôt mes pieds battent la mesure. Un stress. Douze minutes. On tire une bouffée. Je cherche à boire, une bière fera l’affaire. Je me rassieds sur la fontaine. L’obscurité descend, le ciel est menaçant. Trente minutes, quatre pompes à mort envolées. La solitude. Profonde détresse, la haine forge sa place, le corps n’est plus que chair, le regard est tendre et triste, la poussière vole. Triste constat. Jalousie, brouillon, fatigue. Trois heures. Rien. D’un coup, un rayon lumineux, un sentiment de fraicheur. Légère hallucination, petite illumination : je me sens bien. J’ai eu l’envie de me lever, crier sans jamais m’arrêter jusqu'à suffocation. Tout est suspendu, ça vibre. Quel bien-être ! Je m’assieds et je fume la dixième de la soirée.
Voilà l’ironie. La fuite : le rayon, le bien-être ~ mais, à peine enfui, la clope pour se rappeler, redescendre : le triste sort. L’homme a sûrement inventé Dieu un soir de solitude, ou bien le contraire…
Je me suis levé pour mettre ma longue veste qui pendouille sur mon corps un peu bourru bien qu’élancé. Je me demande d’ailleurs pourquoi je prends le soin de garder cette longue chevelure et cette lourde écharpe autour du cou. Avec les yeux vides, j’ai pris l’avenue 2 pour rentrer chez moi. C’est le moment où l’on ne pense à rien sauf à grimper la même cage d’escalier sans cesse, chaque soir, chaque matin. J’ai pris le téléphone pour appeler Pinoko et j’ai saisi un bic pour griffonner des taches d’encre.
- « Oko ? Viens s’il-te-plaît, je crois que j’ai perdu ma foi il y a à peine une demi-heure… »
- « Si t’arrêtais de regarder ton orgueil à chaque seconde de ta journée, ça irait peut-être un peu mieux… Je veux dire, tu ne fais rien à part te comparer aux autres. »
- « Ouais ouais…bon, tu viens ? »
- « Non. J’ai pas envie là. Je suis sur l’avenue 12 et je me sens comme heu… fatiguée. Enfin, je verrai. Matte-toi « La raison », ou écoute un truc en attendant. Je t’ai laissé de quoi manger si jamais. »
- « Allez, putain ! Bon, à tantôt. »
- « Je serai là dans ¾ d’heure, bisous »
Fallais qu’elle se sente fatiguée ce soir. J’ai pris mes clopes, de l’eau, des aquarelles et j’ai peint un peu. Elle a fini par arriver, on s’est couché sur le futon, on a causé deux secondes pour s’endormir cinq minutes plus tard. A côté du lit, il y avait un chevalet et un toile sur laquelle on pouvait voir un homme seul devant un immeuble dans lequel tout le monde faisait l’amour sans arrêt. L’expression est une chose capitale parce que mine de rien, je suis sûr qu’elle a vu le tableau en rentrant et je pense ne pas avoir senti une Pinoko aussi chaleureuse depuis un bout de temps. Je vais mieux.
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